(avec Andrea Felicetti), dir., Participer aux Etats-Unis : les town meetings, n° spécial de la revue Participations, De Boeck, 2016. (lien)

Les town meetings de la Nouvelle-Angleterre constituent l’une des rares références historiques souvent invoquées dans les textes de ces dernières décennies sur la démocratie délibérative, outre les assemblées de la Grèce ancienne. Quand Tocqueville étudie dans les années 1830 le système américain dans De la démocratie en Amérique, il s’émerveille de ce dispositif ; à ses yeux, les town meetings constituent de véritables « écoles de démocratie », l’amenant à voir dans la participation locale une condition de la formation d’une citoyenneté vertueuse, soucieuse de l’intérêt général, créant un sens des responsabilités. On retrouve aujourd’hui cette idée selon laquelle la pratique des town meetings a permis à des individus venus d’horizons divers d’apprendre la démocratie en participant aux débats, à l’élaboration des lois et prises de décisions des communes. On aurait affaire à une construction de la démocratie par le bas, fondée sur le pouvoir local. La position la plus fréquente parmi les théoriciens de la démocratie délibérative consiste à idéaliser les town meetings du passé, au nom surtout du rôle joué dans la formation des citoyens. Or peu d’études historiques approfondies démontraient jusqu’à présent si oui ou non il y a un décalage entre ce que les town meetings étaient en pratique et ce qu’on veut parfois en faire aujourd’hui pour justifier le bien-fondé de la démocratie délibérative. Il y a là un des problèmes fondamentaux des références à l’histoire, lorsqu’elles servent de justification superficielle à l’intérêt d’instituer des dispositifs de débat public, plutôt que d’être un moyen de décentrer le regard pour faire tomber des évidences – et de permettre aux expériences contemporaines, en tirant les leçons du passé, d’être vraiment un élément d’enrichissement de la démocratie. Nous souhaitons donc, via ce numéro faire connaître les recherches existantes sur les formes concrètes prises par ces assemblées. Ce numéro sur les pratiques de discussion et de décision au sein des town meetings est fondé sur des textes inédits d’auteurs anglo-saxons.

Sommaire du dossier

Paula Cossart, Andrea Felicetti et James Kloppenberg
Introduction. Les town meetings, mythe fondateur de la démocratie américaine

Xavier Blandin
Note de traduction

Caroline W. Lee, Traduction Laurent Vanini
Les 21st Century Town Meetings dans les années 1990 et 2000 : assemblées délibérantes et marchandisation de l’authenticité politique dans une époque d’austérité

Michael Zuckerman, Traduction Xavier Blandin
Le mirage démocratique du town meeting américain

David Hall, Traduction Laurent Vanini
La démocratie délibérative dans le contexte des town meetings de la Nouvelle-Angleterre du xviie siècle

Daniel R. Mandell, Traduction Xavier Blandin
Les town meetings de Nouvelle-Angleterre et les populations indigènes : Stockbridge, Massachusetts, 1730-1775

Sandra M. Gustafson, Traduction Camille Salgues
Town meeting et race en Amérique

Robert W. T. Martin, Traduction Camille Salgues
« D’une manière pacifique et ordonnée ». Town meetings et assemblées populaires à l’époque de la fondation des États-Unis

Entretien avec Frank M. Bryan, William W. Keith, James T. Kloppenberg, Jane J. Mansbridge Michael Morrell and Graham Smith (mené par Paula Cossart et Andrea Felicetti, Traduction Xavier Blandin)
Qu’apporte l’étude des town meetings à la quête d’une démocratie plus participative et délibérative ?

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