Participation et démocratie d'interpellation à l'Alma-Gare

lutte urbaine Paula Cossart et Julien Talpin
Collection SocioPo, 348 pages
ISBN : 9782365120708
Livre : 20€, ebook (PDF) : 15€

Ce livre revient sur une lutte urbaine mythique des années 1970-1980 pour montrer que le remède face aux inégalités, à la xénophobie ou au conservatisme n’est pas moins mais davantage de démocratie. Dans un quartier pauvre de Roubaix, l’Alma-Gare, la mobilisation des habitants contre la destruction de leurs logements est un succès : ils redessinent les plans et donnent forme à un quartier conforme à leurs aspirations. Des expérimentations d’autogestion sont alors lancées pour organiser la vie sociale différemment. Cette histoire illustre dès lors un réel pouvoir d’agir des classes populaires. Mais à mesure que la dynamique s’étiole, le quartier devient peu à peu une zone de relégation sociale. Le livre montre comment les quartiers populaires peuvent se mobiliser, mais aussi pourquoi ils sont souvent devenus des espaces ségrégés. En analysant les réussites comme les difficultés de l’Alma-Gare, les auteurs donnent des clefs pour l’avènement d’une démocratie participative exigeante qui ne soit pas un nouvel outil de domination des plus faibles. Ce livre s’adresse à tous les citoyens soucieux d’un approfondissement de la démocratie et qui cherchent des alternatives face à la marginalisation des classes populaires.


Peut être acheté directement sur le site : http://croquant.atheles.org/sociopo/lutteurbaine

Table des matières

Introduction
Chapitre 1 : Quand la participation vient d’en bas
Genèse de la lutte urbaine de l’Alma-Gare
Chapitre 2 : Délibérer en milieu populaire
La réunion du mercredi : façonner un collectif
Chapitre 3 : Équiper la participation
Savoirs et pouvoirs à l’Alma-Gare
Chapitre 4 : Une coopération conflictuelle
Quand la participation change la ville
Chapitre 5 : La participation face à la question sociale
Lutter contre le chômage et la ségrégation
Chapitre 6 : La participation à l’épreuve du temps.
L’Alma entre échec et mythification
Conclusion


Recensions et presse

Nord-Eclair, 11 Janvier 2016, Christophe Le-Bas, "Décryptage : Et si l'Alma avait 40 ans d'avance ?"
http://www.nordeclair.fr/accueil/decryptage-et-si-l-alma-avait-40-ans-d-avance-ia0b0n992718

Nord-Eclair, 21 Janvier 2016

Cécile Cuny, recension dans Le Mouvement Social. Revue d’histoire sociale, (lien)

Antonio Delfini, « Pour les luttes urbaines. Les enseignements du mouvement de l’Alma-Gare », dans Contretemps. Revue de critique communiste, 26 mai 2016, (lien)

Thibaut Allemand, recension pour LM magazine (Lets’Motiv. Cultures et tendances urbaines), 6 février 2016, (lien)

Baptiste Véroone, recension dans la Revue Française de Science Politique, vol. 66, n° 3-4, 2016, pp. 598-599.

Cossart (Paula), Talpin (Julien) – Lutte urbaine. Participation et démocratie d’interpellation à l’Alma-Gare. – Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2015 (Sociopo). 348 p. Illustrations. Glossaire

À contre-courant d’une vision fataliste de l’apathie politique, de la défiance institutionnelle et des inégalités sociales, Paula Cossart et Julien Talpin ouvrent ici la voie à une réflexion sur les conditions d’exercice d’un réel pouvoir d’agir par les classes populaires, et plus largement aux modalités d’une démocratie exigeante. L’argument soutenu est que, nourrie par une participation venant d’en bas, la démocratie d’interpellation pourrait constituer une réponse au conservatisme, à la xénophobie et à la relégation sociale, et ce faisant, concourir à une meilleure justice sociale. Une des réussites de l’ouvrage réside dans le fait que sa tonalité engagée n’entame point ses visées analytique et théorique. En effet, derrière le fil rouge thématique de l’engagement citoyen, chaque chapitre traite d’une problématique particulière, ayant trait à la démocratie, la participation et l’action collective. Situé à l’intersection de la sociologie et de la science politique, le livre est donc susceptible de retenir l’attention d’un large panel d’analystes de la démocratie et des mouvements sociaux, mais aussi de praticiens, de militants, d’habitants.

À partir d’une enquête historique, menée durant quatre ans, sur l’implication citoyenne, ou plus exactement sur la lutte du quartier populaire de l’Alma-Gare à Roubaix pendant les années 1970 et 1980, les auteur.e.s aboutissent à une critique constructive des dispositifs de participation contemporains et transforment le passé en « terreau d’imagination » (p. 12) pour les théories et pratiques des démocraties participative et délibérative. Nous ne pouvons que saluer la méthode d’immersion socio-historique des contributeurs, faisant référence à un très large corpus d’archives et de documents audiovisuels et iconographiques, ainsi qu’à une trentaine d’entretiens réalisés avec des acteurs ayant été impliqués dans cette lutte, et, enfin, des visites de quartier.

La structure de l’ouvrage suit globalement la chronologie de la mobilisation. Le lecteur est convié à suivre une quasi-histoire à rebondissements, où la période d’effervescence de la participation de quartier et des victoires des mobilisations fait place à un essoufflement progressif, sur fond de crise socio-économique et d’alternances politiques aux niveaux local et national. Soulignons que les auteur.e.s s’efforcent ainsi de lier les phénomènes micrologiques de la participation à l’évolution du contexte politique. Un premier temps de l’ouvrage aborde les conditions qui favorisent la mobilisation des habitants. Contre une explication par la prise de conscience, jugée simpliste, l’analyse se centre sur l’ancrage quotidien des préoccupations et leur partage ainsi que sur les liens de sociabilité et le travail de médiatisation de la lutte par les « leaders » (chapitre 1). Ensuite, l’expérience de l’Alma-Gare donne à penser les phénomènes de domination dans la participation en se focalisant sur le rôle de la délibération dans l’articulation de différentes modalités d’expression et sur la construction d’une parole collective, sans que celle-ci ne soit usurpée par les leaders (chapitre 2). En complément est analysée la problématique de la montée en compétence des sans-voix. À la technicisation de l’action publique répond ici la coopération entre experts et habitants, où la coproduction de leurs savoirs et l’apprentissage collectif viennent équiper la participation (chapitre 3). Puis, les auteur.e.s traitent de l’articulation entre coopération et rapport de force dans la relation entre habitant et décideurs, en montrant comment l’oscillation entre ces deux pôles a permis de peser sur les décisions en matière urbanistique (chapitre 4). Enfin, les deux dernières parties de l’ouvrage abordent les limites de la lutte urbaine et de la participation : d’une part, dans leur capacité à traiter de questions sociales plus larges ayant affecté le quartier dans les années 1980 (chapitre 5) ; d’autre part, lorsqu’il s’agit d’affronter les défis liés au maintien et au renouvellement de la participation dans un contexte où elle s’institutionnalise progressivement (chapitre 6).

En somme, l’analyse processuelle et multifactorielle proposée montre qu’il est possible d’envisager une démocratie d’interpellation, où le quartier peut devenir un tremplin servant à la mobilisation et la politisation, où les plus démunis ne sont pas condamnés à « être parlés ». La délibération peut ici jouer un rôle moteur dans la formation de contre-pouvoirs. Ces conditions permettant à des groupes dominés d’agir sur leurs propres conditions d’existence restent néanmoins soumises à une multitude de facteurs internes et externes qui requièrent une autonomie et un renouvellement des espaces de participation, ce à quoi aspirent les auteur.e.s. La lecture du livre procure donc un premier sentiment optimiste sur les potentiels d’une démocratie d’interpellation, auquel succède un second plus pessimiste sur les nombreux obstacles à sa réalisation concrète, à sa généralisation et sa pérennisation. Les auteur.e.s ont néanmoins brillamment relevé le défi de tirer des « enseignements critiques » (p. 15) – théoriques et pratiques – de cette expérience, sans pour autant tomber dans la mythification de la mobilisation ou dans une lecture de celle-ci en termes de réussites et d’échecs. Il constituera une source d’inspiration pour les citoyens et les groupes soucieux d’innover en matière démocratique, même si l’ouvrage, fondé sur des événements articulant de multiples éléments de contexte, pose la question du dépassement du terreau d’imagination et de la « réplication » potentielle de ce type d’expérience. L’exemplification historique a néanmoins le mérite d’ouvrir les possibles et les imaginaires sociaux en matière démocratique et d’enrichir les théories de la participation.



Baptiste Véroone – Université catholique de Louvain, CriDIS